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    Un Été à Cold Spring – Richard Yates

    1986 - Éditions Robet Laffont – pavillon poche

    En 3 mots…

    Regard, voiture, maison

    Impressions de lecture…

                C’est le premier livre de Richard Yates que j’ai lu. J’avais pourtant déjà acheté Easter Parade, qui attendait sagement dans ma bibliothèque (et qui a même vécu un déménagement, soit deux appartements, deux bibliothèques et une mise en carton) dont j’avais commencé à parcourir les première pages, mais que j’avais abandonné. Il aura fallu que je lise Un été à Cold Spring, qui m’a fait littéralement tomber amoureuse de Yates, de son talent, de son style, de son acuité et de son intelligence, pour que je reprenne Easter Parade et que je me mette à dévorer les œuvres de cet immense écrivain américain du XXème siècle. Mais n’allons pas trop vite et reprenons les choses depuis le début : ma première lecture de Richard Yates, Un Été à cold spring.

                Je suis entrée immédiatement dans le roman, j’ai été happée, dès les premières pages. Le style de Yates est brillant. Il a l’économie et l’efficacité des auteurs américains, le sens des détails qui en disent long et des images frappantes. Et la psychologie complexe de ses personnages, subtilement esquissée à coup d’anecdotes, de petits instants introspectifs, de dialogues, ou de gestes et d’attitudes croqués sur le vif, les rendent irrésistibles.

              Richard Yates est l’écrivain d’un milieu social et d’une époque, la middle class américaine du milieu du XXème siècle, dont il prend le pouls avec art. C’est aussi l’écrivain des loosers, ces gens simples, paumés, seuls, qui se laissent prendre dans les pièges de l’existence (des déboires conjugaux, des enfants non désirés, des ambitions ou des rêves étouffés, un travail inintéressant et rébarbatif…) et voient leurs vie leur échapper. « Ceux qui réussissent ne m’intéressent pas » a dit Yates (comme nous le rapporte la quatrième de couverture d’un recueil de ses nouvelles intitulé Onze histoires de solitudes et publié par Robert Laffont en Pavillon poche).

              Il y a du Fitzgerald chez Yates, auteur qu’il affectionnait, qu’il admirait, ça se sent, ça transpire. Même acuité, même délicatesse, même sensibilité et même talent aiguisé pour les dialogues et les scènes de groupes.

              Un Été à Cold Spring, puisque c’est de ce roman dont il s’agit ici, met en scène une ronde de personnages attachants mais qui nous échappent un peu, tout comme ils semblent s’échapper à eux même. On a envie de tomber amoureuse d’Evan même s’il nous ferait souffrir, c’est sûr… car son inconstance, perceptible dès le début, semble vouer à l’échec toutes ses relations sentimentales. On est attendri par son père, Charles, avec sa vue défaillante et sa femme malade dont il prend soin tendrement. Même l’agaçante Gloria a du charme. Et que dire de Phil qui se débat dans les plis de l’adolescence ? Tous les personnages, y compris les personnages secondaires, nous touchent. Flash, Harriet Talmage, Mary, Grace dont le profil se dessine plutôt en creux, laissent aussi entrevoir leur solitude, leur sensibilité et leurs failles. Ils nous échappent un peu, comme je le disais, car ils sont vivants et comme les êtres vivants ils demeurent imprévisibles et complexes.

              On les quitte tout à coup, au détour de l’histoire. Dans Easter parade le récit renferme toute la vie de deux sœurs, de l’enfance jusqu’à la fin ou presque fin. Là le roman commence à l’adolescence d’Evan et nous abandonne en cours de route, quand son deuxième mariage bat de l’aile. Après nous avoir conté ses rapports avec ses parents, son premier mariage raté, sa paternité, sa rencontre avec sa deuxième femme et une belle-famille encombrante, son deuxième enfant … Ce qui nous donne l’impression d’avoir eu la chance de partager un bout du trajet avec lui, avec eux, sur la pointe des pieds, en observateur furtif et prudent. L’on se sent comme Phil, sur le point de quitter Cold Spring et cette maison miteuse où résonnent les voix de tous les personnages et avant de s’enfuir vers un horizon qu’on veut croire plein de possibilités, repoussant d’un doigt fébrile le rideau à pois pour observer par la porte vitrée un moment d’intimité. Après cela, rien ne sera comme avant… Car la lecture de Richard Yates est bien de celles qui vous changent, qui vous marquent profondément et ne s’oublient pas.

     Une phrase…

    « Ses cheveux étaient d’un blond terne tirant sur le gris clair, comme s’ils avaient été décolorés par des années passées dans un nuage de cigarette, et même si elle paraissait avoir conservé sa silhouette, c’était une petite silhouette si chétive et si avachie qu’on avait du mal à se la représenter autrement qu’assise à ne rien faire sur son canapé taché de café. » p.36

    Un passage…

    « Dans quelques années, quand il commencerait à tomber amoureux, il aimerait sans doute avec une passion disproportionnée. Sa possessivité maladive effraierait ses petites amies ; elle l’imaginait capable de dire des choses telles que : « Comment sais-tu que tu ne m’aimes pas ? » Et si aucune d’elles ne réussissait à le supporter très longtemps, il finirait par se rabattre sur le genre de filles sans attraits qu’il valait mieux éviter ; de sorte qu’ils deviendrait l’un de ces hommes limités, sans envergure mais aimable, qu’on ne pouvait que prendre en pitié. » p.204

     

     


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