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    D’Acier - Sylvia Avallone

    2010 - Éditions Liana Levi, piccolo

     

    En 3 mots…

    Jeunesse, Afo4, balcon

     

    Impressions de lecture…

          Plane sur ces pages l’ombre de Zola, celle du Ventre de Paris, de La Bête humaine et surtout de Germinal. Le décor est ici un personnage, un être vivant, un monstre attirant.

          Dans ce roman de Sylvia Avallone, ce monstre c’est l’aciérie de Piombino à laquelle tous les personnages sont liés, parce qu’elle les fait vivre, parce qu’elle s’impose dans leur horizon, entre les barres d’immeubles et la plage. Elle est vivante : l’acier en fusion, les chats qui grouillent, les hommes qui s’activent et le ballet des engins et des véhicules.

          Autour de cette aciérie, des vies et des destins, de gens simples, de gens « du peuple ». Parmi eux, deux jeunes filles, très jeunes, Lolita[s] en puissance (à la lecture de la page 351, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’auteur avait lu ce roman puissant de Nabokov, un de mes romans préférés, si ce n’est MON préféré), s’aiment et se déchirent. Sur fond de peinture sociale donc, une histoire d’amitié adolescente avec son lot de promesses, de « toujours », de souvenirs, de lieux secrets partagés et d’ambiguïtés. Car les jeunes filles, Anna et Francesca, la brune et la blonde, sont belles et précoces, leurs corps parfaits et neufs rendent les hommes fous sous le soleil ardent de l’Italie.

         La fusion est bien au centre du roman, celle de l’acier et celle qui unit les deux héroïnes. Et le thème du voyeurisme, ombilic de la promiscuité, de la curiosité ou de l’envie, de ces voisins ou de ces autres qu’on observe, qu’on surveille, qui se montrent, se mettent en scène ou cherchent à se cacher.

         En ce qui concerne la peinture sociale, Sylvia Avallone a moins de virtuosité que Zola, ou peut-être l’époque s’y prête-t-elle moins ? Je n’ai pas été happée par l’atmosphère industrielle infernale et fascinante que l’auteur cherche à tendre tout au long du roman. Je n’ai pas non plus été particulièrement touchée ou marquée par les caractères qu’elle met en scène (les personnages ne sont d’ailleurs pas très attachants), les trajectoires. Je n’ai pas eu l’impression d’entrer à l’intérieur d’un tableau pertinent et frappant d’un lieu, d’une époque (même si, comme pour proposer un ancrage, l’auteur nous glisse, de manière assez gratuite et inutile, une référence au 11 septembre 2001).

         L’histoire d’amitié féminine est plus efficace. Les ficelles n’en sont pas très originales : l’amour, la découverte de la sexualité, l’intrusion d’un homme, la jalousie, les promesses brisées, l’éloignement.

         J’ai eu du mal à entrer dans le roman. Mais, vers la moitié, j’ai été emportée par l’histoire jusqu’à la fin, que j’ai trouvée expéditive, bâclée.

         Au milieu de tout cela on sent l’énergie et l’implication forte, sincère, de l’auteur (25 ans au moment de la sortie du livre), qu’on est presque tenté d’identifier, enlaidie, sous les traits d’un personnage secondaire. L’écriture si elle n’est pas brillante, selon moi, n’est pas déplaisante, quelques images vives et bien senties émaillent un récit qui se lit bien. Et après avoir terminé la lecture et rangé le livre dans la bibliothèque, une impression générale persiste, ce qui est la marque des œuvres intéressantes, reste à savoir si elle sera fugace ou entêtante…

         Ce roman, célébré par la critique, s’est placé en tête des meilleures ventes en Italie et a été traduit dans 12 pays.

     

     Une phrase…

    « Les millions de pistons des moteurs à excitation en série – oui, l’excitation et la série – fonctionnaient tous en même temps à un rythme frénétique, le mouvement élémentaire de la machine, qui est celui de la vie. » p.29

     

    Un passage…

    « Au même instant, sur le dernier gradin, quelqu’un d’autre regardait et rongeait son frein en silence. Car beaucoup étaient venus ici croyant trouver l’Amérique, mais ils étaient encore plus seuls que chez eux.

    Seuls comptent les garçons et les filles qui tournent, pirouettent et se lancent en bonds prodigieux sur la piste, ceux qui font la course et filent comme des missiles à des vitesses hallucinantes. Des filles maigres et élancées dont peu importe ce qu’elles feront de leur vie, puisque à l’instant T de leur adolescence elles sont là : au centre de la piste, au cœur de la fête, sous les projecteurs. Un instant de gloire, inoubliable. Des garçons aux cheveux fixés au gel, les abdominaux en vedette sous les chemises qui volent, autour du cou un lien de cuir avec un coquillage. Des garçons que n’importe qui aurait envie d’embrasser, qui ne se retrouveront jamais seuls comme Lisa en ce moment, sur le dernier gradin, à regarder les autres s’amuser » p.168


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