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    Le Livre blanc, et autres textes  - Jean Cocteau

     

    1928 pour Le Livre blanc, pour le reste de 1924 à 1975 - Éditions Biblio roman – livre de poche

     

    En 3 mots…

     

    Ventre, homme, artiste

     

     

    Impressions de lecture…

     

    Voici un recueil foisonnant ! qui contient quatorze textes de longueurs inégales et aux sujets bien différents. Une belle palette de Cocteau qui offre ses nuances dans l’éventail de pages de ce petit livre de poche ! Le recueil porte le titre d’un texte écrit en 1927, publié en 1928 et que Cocteau ne signera jamais. Bien qu’il l’ait enrichi de dessins (signés cette fois, ce qui sonne comme un aveu) et que cette case blanche, vide, cet anonymat n’ait été, en vérité, qu’un secret de Polichinelle, Cocteau ne voulut jamais reconnaître la paternité de l’œuvre. Une œuvre dont la première diffusion fût très limitée ; il aura fallu attendre soixante-dix ans pour un tirage plus important. Tour à tour les commentateurs ont glosés sur les raisons pour lesquelles Cocteau n’a pas reconnu ce texte : respect des convenances de l’époque, peur de blesser sa mère, etc., Cocteau apporte peut-être lui-même un élément de réponse quand il écrit, dans la préface de la deuxième édition, en 1930: «Mais, quel que soit le bien que je pense de ce livre - serait-il même de moi - je ne voudrais pas le signer, parce qu'il prendrait forme d'autobiographie et que je me réserve d'écrire la mienne, beaucoup plus singulière encore.».

     

    En 1927, le texte fait scandale. Dans sa préface, Dominique Fernandez, donnant en exemple la déchéance d’Oscar Wilde, nous rappelle à quel point le sujet pouvait être tabou à l’époque. Et quel est donc ce sujet brûlant ? L’homosexualité. L’auteur en parle ici librement. S’inspirant de sa propre vie, il raconte les premiers émois, les expériences sexuelles et y chante la beauté masculine. Son récit a la force de la sincérité, des expériences vécues, mais un vécu  qu’il modifie pour lui faire épouser la forme de ses rêves, de ses fantasmes et de son art. Il en est ainsi de Dargelos (nom que Cocteau utilise aussi pour un personnage des Enfants terribles paru en 1929), le beau lycéen qui éveille ses premiers sentiments d’amour. L’adolescent qui inspira à Cocteau celui du roman était un très bon élève mais l’auteur le transforme ici en cancre populaire dont la « virilité très au-dessus de son âge » le séduit (p.63).

     

    Pour les lecteurs d’aujourd’hui, le texte a perdu son parfum d’interdit. Rien de cru dans cette célébration du désir, de la fascination érotique, dans ce compte-rendu des affres de l’amour et de la passion. On y trouve des thèmes, comme l’attente et la jalousie, que Cocteau exploitera, magnifiquement, dans d’autres œuvres, « Il la rejoignait le soir et passait la nuit chez elle. Cette certitude m’enfonçait dans la poitrine une patte de fauve » (p.85). Le texte reste volontiers suggestif, elliptique et Cocteau use de tout l’art du poète pour dire sans nommer, pour aiguillonner l’imaginaire « Un vertige de printemps exalte les corps. Il y pousse des branches, des duretés s’écrasent, des sueurs se mêlent et voilà un couple en route vers les chambres à globes de pendules et à édredons. » (p.76)

     

                Le recueil renferme aussi Le Cordon ombilical (que je possédais et que j’avais déjà lu dans les éditions Allia), texte fabuleux dans lequel Cocteau explore le rapport entre l’auteur et les personnages qu’il met au monde. Des personnages et des œuvres (car il évoque aussi ses peintures, ses romans, ses pièces) qui sont voués à lui échapper, à se détacher de lui pour mener une existence autonome : « Parfois même je sens comme une hostilité de mes personnages et qu’ils ne m’appartiennent pas plus que les enfants, par leurs caractères disparates, n’appartiennent à leur famille » (p.181). Cocteau s’étend sur le « paternalisme » (le mot est de lui, p.201) de l’auteur vis-à-vis de ses créations. Chacune émane de lui et, tel un enfant dont on pourrait dire qu’il est le portrait de son père (ou de sa mère), on peut y reconnaître un peu de l’auteur. C’est Flaubert disant « Madame Bovary, c’est moi ». Des œuvres et des personnages qui survivront à leur auteur par leur « faculté résurrectionnelle » (p.204). Cocteau est un esprit et il écrit si bien… comme c’est agréable, comme cela nourrit ! À lire absolument donc, cette confession bouleversante de l’auteur qui nous en apprend beaucoup sur lui et sur son travail.

     

                Ce recueil ne semble renfermer que des pépites, comme ces poèmes adressés à Jean Marais, un de ses grands amours. On apprend avec attendrissement que Cocteau les glissait la nuit sous la porte de la chambre où dormait Jean Marais. Des textes de 1937 à 1975, presque quarante ans de poésie en billets qu’on parcoure avec émotion. Et le très beau poème « Un ami dort », dans lequel l’auteur exploite les ressemblances entre la mort et le sommeil, un sommeil qu’il décrit à merveille à travers ce portrait d’un ami assoupi. Mais aussi « La jeunesse et le scandale », relation d’une conférence donnée par Cocteau en 1925 devant de jeunes étudiants : jubilatoire ! Il y parle du théâtre, de la musique, de la danse et du public, distribuant quelques coups de griffes. Même véhémence réjouissante dans « Du sérieux », court texte de 1961, dans lequel Cocteau ébauche une réflexion sur le style, la quête sacerdotale de l’artiste. La fin de ce texte nous donne une belle leçon, que je condense ici : « L’existence d’un artiste est une longue crise. Comment serait-elle lisible à ceux qui n'attendent de l'art qu'une agréable détente? [...] Il importe de ne pas défenestrer inconsidérément le travail d'hommes qui se ravagent pour la jouissance de leurs semblables. Il importe d'apprendre à se réveiller en sursaut et de refréner le réflexe qui nous pousse à considérer en ennemis ceux qui nous réveillent. » (p.164). Et d’autres petits textes encore à découvrir. Bref un ouvrage riche et délicieux pour celui qui souhaite s’imprégner de l’âme sensible et intelligente d’un des esprits artistiques français les plus brillants du XXème siècle.

     

     

    Une phrase…

     

    « Cette aventure qui n’avait pas eu de commencement eut une fin. » (p.64)

     

     

    Un passage…

     

    «  Je te laissais mentir ton sommeil égoïste

    Où le rêve efface tes pas.
    Tu crois être où tu es. Il est tellement triste

    D’être toujours où l’on n’est pas.

    Tu vivais enfoncé dans un autre toi-même

    Et de ton corps si bien abstrait,

    Que tu semblais de pierre. Il est dur, quand on aime

    De ne posséder qu’un portrait » « (p.37)


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  •  Mrs Dalloway – Virginia Woolf

    1925 - Éditions Gallimard – Folio classique

     

    En 3 mots…

     

    Mondanités, impression, temps

     

     

    Impressions de lecture...

     

    Cela faisait un moment que je lui tournais autour sans oser l’aborder… Virginia Woolf… Je ne savais pas grand-chose d’elle… Qu’elle était une grande voix féminine de la littérature… et régulièrement je prenais un de ses livres sur les rayonnages des librairies, avant de le reposer, en me disant « un jour il faudra… », « un jour, je la lirai… », « Est-ce que ça me fera autant d’effet qu’on le prétend ?... ». J’ai vécu la même chose avec d’autres auteurs et d’autres bouquins, notamment le « De sang froid » de Truman Capote, il a fallu du temps avant que je sois prête à m’y plonger, j’ai même dû m’accrocher un peu durant les premières pages et je ne l’ai pas regretté. Et bien je suis aussi ravie d’avoir attendu le bon moment pour rencontrer Virginia.

     

                J’ai trouvé l’écriture de Virginia Woolf surprenante et difficile à décrire sans la trahir, sans la réduire. Lire Woolf ce serait comme écouter un morceau de musique expérimentale dans lequel mélodies, dissonances, envolées et bruits infimes se mêlent pour constituer une expérience singulière et  foisonnante… quelque chose à la fois hors du cadre et dedans. Car, dans Mrs Dalloway,  sa plume semble partir dans tous les sens et, dans le même temps, on sent l’effort de construction, jusque dans l’architecture de la scène finale, j’y reviendrai. On lit une femme qui aurait dénudé cerveaux et cœurs, les siens surtout, les aurait libéré de leurs membranes pour les mettre à vif afin de mieux les entendre palpiter. Pour cette raison on a vraiment le sentiment de se trouver en présence d’une écriture de l’impression. Virginia Woolf le dit elle-même, comme rapporté dans la préface (p.9), elle veut saisir les « myriades d’impressions, banales, fantastiques, évanescentes ou gravées avec l’acuité de l’acier ». Une écriture fine, forte et terriblement touchante donc. À cette gamme d’émotions et de sensations, s’ajoute un regard perçant sur les personnages qui, en quelques mots bien sentis, pointus comme une lame de scalpel, révèle les caractères. On pourrait presque parfois la trouver un peu cruel avec eux, mais au détour d’une phrase, d’un paragraphe, on sent une once de bienveillance poindre, signe d’une exigence douloureuse et nous laissant penser que si elle est dure avec ses personnages elle l’est sans doute encore plus avec elle-même.

     

                Les échos autobiographiques se font entendre, bien que je ne connaisse pas précisément la vie de Virginia Woolf. Mais il y a dans le livre des choses qui lui sont très personnelles, très intimes, c’est évident. Je n’ai pas encore parlé du sujet : dans ce roman l’auteur raconte la journée de Mrs Dalloway, une londonienne élégante de la bonne société. Une journée traversée par les souvenirs et l’intrusion d’autres personnages, plus ou moins proches d’elle. Virginia Woolf s’impose donc une unité de temps (les quelques heures d’une journée, de la sortie matinale de Mrs Dalloway jusqu’à la fin de la soirée qu’elle organise chez elle le jour même) qu’elle transgresse par l’ajout de flash-back et de divagations intercalés. Le temps est d’ailleurs un thème central et plus spécialement la fuite du temps. Soulignée par les souvenirs qui s’accumulent, les années écoulées entre chaque retrouvaille et martelée par la sonnerie des horloges dès les premières pages « Et voilà ! Cela retentit ! D’abord un avertissement, musical. Puis l’heure, irrévocable. Les cercles de plomb se dissolvaient dans l’air » (p.62). Le récit quant à lui se déverse sans découpage de chapitres ou de parties. L’auteur ne nous indique pas d’endroits où stopper ou reprendre notre lecture. À nous de voguer dans ce flot ininterrompu sans sombrer, et parfois l’étouffement, la noyade, nous guettent. De rares dialogues, souvent entrecoupés de pensées diverses, et pour cause, les personnages ont bien du mal à communiquer entre eux.

     

    Il n’y a pas d’unité de lieu, si ce n’est la ville de Londres et la maison des Dalloway (d’où l’on part, par laquelle on repasse et où le récit prend fin). Par des effets de constructions, parfois un peu artificiels mais cependant séduisants, les différents personnages se croisent, traversent les mêmes lieux, se mêlent par rencontres interposées. Tout ceci construit une sorte de réseau de correspondances, qui se meut, s’étire ou se resserre, comme une toile d’araignée caressée par le vent. La métaphore m’est d’ailleurs directement inspirée par Virginia Woolf qui l’utilise avec un de ses personnages, Lady Burton, « Peu à peu ils s’éloignaient d’elle, n’étaient plus rattachés à elle que par un mince fil (puisqu’ils avaient déjeuné avec elle) qui allait s’étirer, s’étirer, devenir de plus en plus fin au fur et à mesure qu’ils traverseraient Londres. » (p.209). Des personnages reliés mais qui paradoxalement « ne peuvent établir des contacts ni nouer un dialogue parce qu’ils restent engoncés dans le monde et le passé qu’ils transportent avec eux », comme le remarque Bernard Brugière dans sa Notice sur la genèse de Mrs Dalloway, p.338.

     

                Point d’orgue de cette construction particulière, la scène finale, la soirée chez les Dalloway qui nous offre comme un passage en revue des différents personnages croisés au fil de l’œuvre. Ils prennent tous leurs places autour de l’héroïne, comme si le récit qu’on vient de dérouler n’avait pour but que de nous mener là. Certes cette soirée s’impose comme le point final de « la satire sociale et mondaine » ( Notice […] p.338) tissée à travers le roman, mais surtout, les différentes histoires y prennent tout leur sens. En particulier celle de Septimus, le personnage le plus éloigné de Mrs Dalloway, qui n’est d’ailleurs pas présent physiquement à cette soirée mais seulement dans l’évocation qu’en fait Sir William. Personnage le plus éloigné de Mrs Dalloway dans la sphère sociale et au premier abord (la folie versus l’ordre et le sens de la mesure) mais sans doute le plus proche d’un point de vue psychique et émotionnel, je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte à ceux qui n’ont pas encore lu ce livre. De mon côté, il me faudra un peu de temps pour me remettre de cette lecture riche, pénétrante et avant de plonger à nouveau dans le flot puissant de la voix de Virginia Woolf.

     

     

     Une phrase…

     

    « Curieux comme les choses se fixent dans la mémoire ! Par exemple, la mousse d’un vert vif. » p.144

     

     

     

    Un passage…

     

    «  Elle n’arrivait même pas à retrouver l’écho de son émotion d’alors. Mais elle se revoyait soudain transie, palpitante, se coiffant, prise d’une sorte d’extase (et le sentiment d’alors commençait à lui revenir cependant qu’elle enlevait ses épingles à cheveux, les posait sur sa table de toilette, commençait à se coiffer), avec les corneilles qui paradaient en tous sens dans la lumière rose du soir ; s’habillant, descendant, et se disant, en traversant le hall : « Si je devais mourir à l’instant, ce serait à l’instant le bonheur suprême. » C’était ce qu’elle ressentait, le sentiment d’Othello, et c’était aussi fort chez elle, elle en était sûre, que le sentiment que Shakespeare avait voulu donner à Othello, et tout ça parce qu’elle descendait dîner, en robe blanche, pour retrouver Sally Seton ! » p.104-105

     


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  •  Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur  - Harper Lee

     1960 - Éditions Le Livre de Poche

     

     En 3 mots…

     Enfance, rue, honnêteté

     

    Impressions de lecture…

                Je ne sais pas quand j’ai entendu ce titre pour la première fois, « Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur » (que je trouvais assez mystérieux) et le nom de son auteur, Harper Lee. J’ai l’impression de l’avoir en tête depuis très longtemps… Comme une référence, un classique de la littérature américaine. Pour moi, fan de Capote, Harper Lee revenait de temps en temps, au détour d’une biographie de Truman, d’un film, puisque Capote et elle étaient amis depuis l’enfance, elle l’accompagna dans le travail préparatoire sur De Sang froid. Régulièrement, sur les étagères des librairies, je voyais ce titre, je lui tournais autour, sans jamais le ramener chez moi…D’ailleurs j’ai fait la même chose pour De Sang froid, je savais que c’était un monument de la littérature, une œuvre qu’il fallait et que je voulais lire, une lecture qui sans doute me transformerait, d’une certaine façon, ou transformerait mon rapport aux livres, à l’écrit, à la littérature, mais j’ai attendu longtemps avant d’avoir vraiment envie et surtout de me sentir prête à plonger dans ce récit (j’en parle ici, dans le billet sur Virginia Woolf). Et bien il a fallu du temps aussi pour que la lecture de ce roman d’Harper Lee s’impose, le temps d’attendre le bon moment.

    La postface n’est pas très riche, mais éclaire la lecture du roman de quelques informations historiques, biographiques, intéressantes et propose quelques pistes d’analyse, très succinctes et rapidement esquissées. Ce n’est pas un mystère, Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueurs contient beaucoup d’éléments autobiographiques. Harper Lee a puisé dans ses propres souvenirs d’enfance, dans son vécu pour construire son roman. L’histoire est racontée par Scout, une petite fille à l’esprit vif, un peu garçon manqué. Elle vit avec son père, Atticus Finch, avocat, et son frère aîné, Jem, dans une petite ville d’Alabama, Maycomb. Sa mère est morte et Calpurnia, une gouvernante noire, travaille chez eux. Scout et Jem se lient d’amitié avec un enfant de leur âge, Dill, qui vient passer les vacances chez sa tante à Maycomb. Les trois enfants se piquent de curiosité pour la maison voisine, qui reste toujours fermée et dans laquelle Boo Radley vit reclus ; Ils ont dans l’idée de l’en faire sortir. Entreprise qui les excite et les terrifie tout à la fois. Atticus est alors commis d’office pour défendre un homme noir accusé d’avoir violé une jeune femme blanche. Passons rapidement sur les points communs entre la vie de l’auteur et l’univers fictionnel de l’œuvre (l’enfance passée dans un petite ville d’Alabama, le père avocat, le grand frère, le journal local, la gouvernante noire, la figure de la mère absente, le personnage de Dill inspiré par Truman Capote, la maison voisine toujours fermée, des affaires judiciaires similaires opposant noirs et blancs… j’en oublie ou ignore peut-être…).

                Je ne prétends pas dire quoi que ce soit de neuf sur ce livre, devenu un classique. Je veux seulement, comme dans chaque billet, livrer mes impressions, toutes personnelles, de lecture. C’est un roman dans lequel on rentre, à tel point qu’il est triste d’en sortir (ah le petit coup de cafard de la dernière page). Bien sûr il y a dans ce livre quelque chose de très américain qui m’a fait penser à Steinbeck, ou Faulkner : cet ancrage au territoire, un attachement historique au sol : « Il se plaisait à Maycomb, chef-lieu du comté qui l’avait vu naître et grandir ; il en connaissait les habitants qui le connaissait eux aussi et devait à Simon Finch de se retrouver lié, par le sang ou par mariage, avec à peu près toutes les familles de la ville. » (p.16). Chacun connaît l’histoire de ses ancêtres, et comme dans les récits mythologiques, peut se retrouver prisonnier de son nom et de sa lignée, « Miss Caroline, c’est un Cunningham. » p.39, « Il y avait en fait un système de castes à Maycomb qui, selon moi, fonctionnait ainsi : chacun des vieux citadins , la génération actuelle des familles qui vivaient côte à côte depuis des années et des années, lisait à livre ouvert dans les autres familles ; ils ne s’étonnaient ni de leurs attitudes, ni des nuances de leur caractère, ni même de leurs gestes que chaque génération avait répétés et peaufinés. Les affirmations selon lesquels les Crawford-se-mêlaient-de-ce-qui-ne-les-regardait-pas, un-Merriweather-sur-trois-avait-des-pulsions-morbides, les-Delafield-étaient-fâchés-avec-la-vérité. » (p.205). La description du palais de justice et de la prison de Maycomb m’a fait penser à quelques pages de Requiem pour une nonne de William Faulkner (tout le début de ce livre nous conte d’ailleurs la construction du tribunal). « La prison de Maycom était le bâtiment le plus vénérable et le plus hideux de la ville […] c’était un canular gothique en miniature, large d’une cellule, haut de deux, complété par de minuscules remparts » (Ne Tirez pas sur l’oiseau moquer p.234-235) , « Mais, avant tout, le tribunal […] simple carré, du style colonial géorgien le plus simple (et cela grâce à l’architecte parisien qui était en train de créer, à Stupen’s Hundred, quelque chose qui ressemblait à une aile de Versailles entrevue dans un cauchemar gothique lilliputien » (Requiem pour une Nonne, p.59 dans l’édition Folio).

    Harper Lee réussi à tisser, lentement mais sûrement, l’ambiance de Maycomb, la rue de Finch, la maison fermée des Radley, le parcours jusqu’à l’école, bref l’univers de la petite héroïne. D’ailleurs le point de vue de la narration est originale et peut décontenancer le lecteur, car c’est le récit d’une petite fille mais qui n’est plus une enfant au moment où elle raconte. Isabelle Hausser l’explique très bien dans sa postface, aux pages 444-445. Il y a donc un mélange entre le regard de l’enfance, puisque ce sont bien les souvenirs d’une petite fille, et les facultés d’expression d’une adulte. Comme le remarque fort judicieusement Isabelle Hausser, la construction et le rythme du récit son parfaitement maîtrisés, mais sans que cela se voit trop, il demeure quelque chose de libre, de léger, d’insouciant. Ainsi la fin se referme comme une jolie boucle ouverte dès la première phrase et qui prend forme patiemment tout au long des pages et des rebondissements. La fin qui offre d’ailleurs un beau résumé du roman : quand Scout observe la rue depuis le palier des Radley, (p.430-431). Résumé empreint d’une douce nostalgie comme tous les souvenirs d’enfance et qui met en place un échange de points de vue très intéressant. Pour le lecteur se mêlent ici le regard de Boo (puisqu’il s’agit de la vue qu’on peut avoir sur la rue depuis sa maison) et celui de Scout qui se met ainsi « à sa place ». Le regard de Boo qui est aussi un peu celui du lecteur, spectateur extérieur des aventures de Scout et sa famille. Cet épisode est comme un petit pont de plus dans ce récit initiatique : Scout va quitter l’enfance pour devenir une adulte « En rentrant à la maison je me sentis très vieille » (p.431), retenant au passage une leçon de vie, aux accents un peu naïfs sans doute liés à l’âge de Scout : « Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu’on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu’on se mettait dans sa peau. Il m’avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley » (p.431). Harper Lee réussi un tour de force : échapper à l’impression de convenu et de mièvrerie dans cette fin pourtant pleine de bons sentiments. C’est sans aucun doute le filtre de l’enfance, le choix de la narratrice, qui le lui permettent.

    On peut lire sur la quatrième de couverture que « Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance » et il y a de ça. On y retrouve en effet ce monde de l’enfance avec ses terreurs, sa curiosité, son envie de comprendre et d’apprendre, les fictions que nous nous inventons, par jeu, par besoin de combler le vide, l’appel inquiétant de l’avenir et du monde des adultes, les petites choses prétendument anodines que nous vivons comme de grands évènements potentiellement dévastateurs. Le roman parle à cette part d’enfance que nous gardons tous en nous, constitutive de l’adulte que nous sommes devenu, mais que nous avons tendance à museler parfois. Oui, il murmure aussi à l’adulte de ne pas oublier, quand il se trouve face à un enfant, qu’il en fut un : « Quand un enfant te demande quelque chose, réponds-lui, bon sang ! Mais n’en fais pas tout un plat ! Les enfants sont des enfants, mais ils savent repérer une esquive plus vite que les adultes et toute esquive les embrouille » (p.140).

     

     

    Une phrase…

    « Les clowns sont tristes, c’est les spectateurs qui rient d’eux. » p.336

     

    Un passage…

    « - J’essaie de leur fournir une raison, vous voyez. Ça aide les gens de pouvoir se raccrocher à une raison. Quand je vais en ville, ce qui est rare, si je titube un peu et que je bois dans ce sac, les gens peuvent dire Dolphus Raymond est sous l’emprise du whisky – c’est pour ça qu’il ne changera pas sa manière d’être. Il n’y peut rien et c’est pour ça qu’il vit ainsi.

    - C’est pas honnête de vous faire passer pour plus mauvais que vous n’êtes déjà…

    - Peut-être, mais ça rend bien service aux autres. » p.311

     


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    Lire Lolita à Téhéran – Azar Nafisi

    2003 - Éditions Plon – 10/18

    En 3 mots…

    Littérature, liberté, femmes

    Impressions de lecture…

              Lolita de Nabokov est un de mes livres préférés, le titre a donc immédiatement attiré mon attention. Et en tant que féministe et amoureuse de la littérature, l’histoire de ce groupe de femmes - réuni clandestinement autour de l’auteur elle-même, dans son salon, pendant la révolution islamique en Iran, pour lire de grandes œuvres occidentales – a éveillé mon intérêt. L’avis de Margaret Atwood, cité en quatrième de couverture, a fini de me décider : « Un livre captivant. Il explore avec ferveur et conviction le pacte tacite existant entre l’écrivain, le livre et le lecteur. Tous les lecteurs devraient lire ce livre ». Chose curieuse, quand j’ai acheté puis lu ce livre, je n’avais pas vraiment fait attention au nom de Margaret Atwood (dont je n’avais encore rien lu) et, hasard des pérégrinations et envie de lectures, après avoir terminé cet ouvrage de Nafisi, j’ai plongé dans La Servante écarlate d’Atwood. Et bien sûr, on ne peut s’empêcher de voir des résonnances entre les deux œuvres, notamment la description des sensations qu’on peut avoir quand on sort voilée, la contrainte physique de ne rien laisser dépasser, la négation du corps, le fait d’être ramené à un regard, la réduction du champs visuel…

                Je reviens sur le livre d’Azar Nafisi. L’œuvre est inclassable : ni roman, ni reportage, il est à mi-chemin entre les deux. Azar Nafisi y raconte son expérience de professeur de littérature anglo-saxonne à l’université de Téhéran, puis chez elle quand elle se retrouve obligée de démissionner et qu’elle organise dans son salon des séminaires avec certaines de ces étudiantes. Le livre est donc le témoignage d’une intellectuelle dans un monde en guerre, où les libertés individuelles, notamment celle des femmes, se réduisent comme peau de chagrin. Mais il se rapproche du roman, car l’auteur a été obligée d’injecter une certaine dose de fiction. Comme elle l’indique dans une note préliminaire, pour des raisons de sécurité, pour protéger les gens concernés, elle a dû changer leurs noms et « certains traits des personnages et des évènements décrits dans ce récit ont été déformés ».

              Bien que le livre m’ait déçue, ce fût pour moi une lecture très instructive. Je n’y ai pas trouvé ce que le titre et la quatrième de couverture m’avaient laissé présager et j’ai donc eu tout le long un goût de promesses non tenues. J’avais imaginé comment à travers les œuvres d’écrivains que j’affectionne moi-même énormément : Nabokov, Fitzgerald … (elle traite aussi d’Austen et de James), l’auteur nous montrerait le pouvoir de la littérature. Qu’elle resterait bien plus collé à l’analyse littéraire pour nous raconter ce qu’une lectrice de Téhéran, oppressée par les interdits pouvait ressentir et penser à la lecture de ces œuvres très mal vues par le pouvoir politique en place. Comment certains auteurs ont déjà en leur temps bravé la censure, comment les livres et l’imaginaire peuvent préserver des espaces de liberté. J’y ai trouvé cela, dans une certaine mesure (Mention spéciale à l’épisode du procès de Gatsby le Magnifique que Nafisi organise dans sa classe (à partir de la p.173)), mais l’auteur raconte surtout des éléments de sa vie personnelle et de celles de ses étudiantes. Comment elle a vécu la guerre, les bombardements, comment ces femmes et elles même ont vécu l’oppression et ont tenté de résister face à elle, en laissant par exemple dépasser une mèche de cheveux de leur voile, au péril de leur vie, dans un pays où tout geste était alors interprété comme « politique ». Elle nous montre ce que c’est de vivre dans un pays où la liberté d’expression est muselée, où l’on est surveillé, où la censure règne, en cela cette lecture m’a rappelé certains passage de Kundera. Pour nous occidentaux de ma génération, vivant en France, nous avons du mal à nous rendre compte de ça, c’est quelque chose que nous n’avons pas connu. Pas dans une telle mesure… car on aurait tort de penser que nous ne vivons dans une société où la censure n’existe pas et où les citoyens ne sont pas fichés, fliqués, rangés dans des cases (ne serait-ce qu’au nom des intérêts commerciaux), mais c’est un autre débat.

              La question des générations est d’ailleurs un thème important qu’Azar Nafisi traite dans son œuvre. Car elle, elle fait partie d’une génération de femme qui a connu le pays autrement, qui a perdu des libertés, qui mesure donc cette perte et la différence entre la vie actuelle et la vie d’avant, «  Nous avions des souvenirs, des images de ce qui nous avait été pris. Ces jeunes femmes n’avaient rien. Leur mémoire était celle d’un désir qu’elles ne pouvaient exprimer, de quelque chose qu’elle n’avait jamais eu. » p.115. Livre instructif et touchant donc dans le témoignage qu’il délivre sur une période particulière de l’histoire iranienne, plusieurs passages m’ont marqués. Mais je n’ai pas particulièrement apprécié le style, régulièrement j’ai du m’accrocher pour ne pas abandonner la lecture. Et j’ai été fâchée par le côté racoleur du titre, qui est aussi celui du premier chapitre, les autres chapitre portant tous le nom d’un auteur, jusqu’à l’épilogue. J’ai trouvé que cette construction était plutôt artificielle et ne convenait pas au propos. Donc oui, le côté racoleur du titre, on prend une œuvre sulfureuse (de loin la plus sulfureuse de celles traitée par Nafisi) et on l’accole à Téhéran (et donc à ce que la ville charrie dans les imaginaires collectifs, aidé par la couverture sur laquelle deux femmes voilées s’embrasse en souriant) pour créer un oxymore (jeu des contrastes oxymorique aussi sur le visuel de couverture voile/sourire et sensualité du touché et femmes voilée/ femme visage nue qui regarde droit dans l’objectif), une provocation. Provoc soulignée par le premier mot : l’emploi d’un verbe du premier groupe, vecteur dynamique (je lis, j’accomplie une action, c’est une forme de libération, de résistance, de lutte. Je lis, je pense, j’écris etc…). À noter que le titre français colle au titre original : Reading Lolita in Tehran (car Azar Nafisi a écrit le livre en anglais, elle est d’ailleurs citoyenne américaine depuis 2008 et vis aux Etats-Unis). Tout ça et le fait que ce titre soit trompeur par rapport au contenu, a sonné très « marketing » pour moi, ce qui m’a dérangé.

     Une phrase…

    «  Les moments décisifs de notre vie semblent incroyablement soudains, brutaux, comme s’ils sortaient tout droit de nulle part » p.246

    Un passage…

    « Ils nous fouillèrent de la tête aux pieds, et de toutes les atteintes d’ordre sexuel dont j’ai fait l’objet, celle-ci fut la pire. Une gardienne de la révolution me dit de lever les bras, plus haut, encore plus haut, répétait-elle en palpant méticuleusement chaque centimètre carré de mon corps. Elle me reprocha de ne presque rien porter sous la robe. Je lui répondis que la façon dont je m’habillais sous la robe ne la regardait pas. Elle prit un mouchoir en papier et m’ordonna d’enlever les cochonneries sur mes joues. Elle se mit alors à frotter mon visage, et comme elle n’obtenait pas le résultat attendu, puisque je ne m’étais effectivement pas maquillée, elle frotta encore plus fort. J’avais l’impression qu’elle voulait m’arracher la peau.

    Le visage en feu, je me sentais sale, j’avais l’impression que mon corps n’était qu’un tee-shirt souillé de sueur qu’il fallait que j’enlève. C’est alors que m’est venue l’idée de ce jeu. Je décidai de rendre mon corps invisible. Les mains brutales de cette femme étaient des rayons X qui ne laissaient intacte que la surface et rendaient l’intérieur invisible. Quand elle eut fini de m’inspecter, j’étais devenue aussi légère que le vent, un être sans chair, sans os. » p.235-236

     

     

     

     


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     Karoo – Steve Tesich

    1998 (paru après la mort de l’auteur en 1996) - Éditions Point

    En 3 mots…

    Soi, oreille, néant

     

    Impressions de lecture…

               Ce roman est une totale réussite ! C’est un livre terriblement enthousiasmant ! Plein de pertinence et d’impertinence. L’auteur réussi avec talent à marier humour et tragédie. Mais plus que cela en vérité, il nous livre une œuvre d’une richesse formidable, qui mêle la trajectoire personnelle d’un homme, Saul Karoo, et la dimension mythologique d’un destin, la scanographie d’une époque, de notre société et ses travers (la consommation, le matérialisme, le souci du paraître, le jeunisme, l’empire du vide etc.) et un voyage fantastique, symbolique, dans la psyché humaine. J’y ai vu et savouré tout cela mais le livre est impossible à réduire, il ne rentre dans aucune case et déborde du cadre. Je vais quand même essayer de jeter ici mes impressions et bribes d’analyse avec l’espoir affiché (revendiqué !) de vous transmettre mon enthousiasme.

              Commençons par la couverture, elle aussi diablement enthousiasmante ! (ce sera le maître mot de ce billet ! non, promis, je vais me creuser la cervelle pour éviter d’en abuser). Cette couverture, déjà, crée la curiosité et le désir tout en étant en adéquation avec l’œuvre (ce dont on ne peut se rendre compte que quand on a terminé le livre bien évidemment et qui devrait être l’objectif de toutes les couvertures). Ce qui attire l’œil en premier, bien sûr, c’est sa couleur : dorée-bronze miroitant. Puis le titre : le nom du héros en lettres majuscules noires tellement énormes qu’elles ne peuvent tenir sur une seule ligne, le nom se découpe en deux syllabes très graphiques et qui sonnent presque comme un cri : KA-ROO. Sous ce cri, cet appel, deux hommes sans têtes – mais avec cravates – ont l’air de se battre. Pas de visage sur cette couverture ? Pas vraiment… Si vous inclinez le livre face à vous, vous apercevrez votre reflet un peu flou. Je n’en dirai pas plus, le procédé est assez frappant…

              L’histoire commence sur un élément que j’ai envie de qualifier de semi-fantastique ( je parle ici du genre fantastique ; l’irruption du surnaturel dans la réalité, entraînant une hésitation entre le possible et l’impossible), semi-symbolique (et oui, je vous l’ai dit : Karoo est inclassable) : le héros peut boire autant d’alcool qu’il veut, même dans des quantités affolantes, sans en ressentir le moindre effet. Il ne connaît plus l’ivresse. Le reste du récit ne bascule pas dans le fantastique. Mais l’auteur explore les limites entre le monde réel et le fantasme. Il est question notamment de la confusion entre la réalité et la fiction (cf. p.566), thème fort du roman. Le héros est scénariste, c’est donc un auteur qui travaille avec l’imaginaire et la fiction. Il a une certaine aptitude à (se) mettre en scène et à (se) raconter des histoires. Mais il n’est pas le seul, les autres personnages aussi, et nous-même. Nous sommes tous un peu scénariste de notre propre existence et notre société (ou bien est-ce simplement la vie ?) nous pousse à être tous un peu comédiens et créateurs d’histoires et d’images. La question du mensonge et de la manipulation est au chœur du livre ; Étroitement liée à la quête d’identité. Qui suis-je vraiment ? Le héros se le demande, conscient de jouer le rôle que les autres s’attendent à le voir endosser, et parfois d’aller mal pour leur « faire plaisir ». L’épisode du formulaire p.106-107 est particulièrement savoureux, il illustre de manière piquante le thème du mensonge et de la construction du personnage tout en soulevant une question intéressante : se résume-t-on à quelques cases cochées, à un ensemble de données ?

                Le roman renferme une bonne dose d’émotions. Le personnage principal Karoo est très attachant, intelligent, acide, dissertant sur ses faiblesses et les tournant en dérision. Émotions aussi dans le regard qu’il pose sur les autres ; Regard posé et oreille tendue devrai-je dire, car l’auteur - par la voix du narrateur (je ne l’ai pas dit mais le récit est à la première personne) - fait des portraits de voix saisissants, notamment celle de l’ex-femme de Karoo, très beau. Et se dessine le charme des sirènes… les figures mythologiques émaillent le livre.

              J’ai corné beaucoup de pages (je corne la page quand un passage me plaît, me touche, me parle…) et souligné beaucoup de phrases. Car l’écriture de Tesich est sensible, elle a le sens de l’observation et du détail. Oui, cette histoire d’oreille est tenace, Tesich est un auteur « à l’écoute », il observe, il entend et même il perçoit. Il y a des formules frappantes, des passages magnifiques et délicieusement ciselés. Une intelligence à fleur de peau.

              Le style est brillant et la construction du roman aussi. La narration est adroite, laissant les choses se mettre en place, jouant sur des effets d’échos et d’annonce, sur une complicité avec le lecteur qui n’est pas pris pour un imbécile (et c’est toujours appréciable). Il y aurait beaucoup à dire sur la fin, magistrale, qui m’apparaît comme une fausse couche symbolique, suivie par une réflexion, un vagabondage de l’esprit, sur la foi mais il ne faut pas trop en dire pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte… Car Karoo est un de ces livres à lire et à relire, c’est certain, mais dont on enviera toujours celui qui s’apprête à y plonger pour la première fois…

     

    Une phrase…

    « Comme si ma salive avait le goût de la salive d’un autre. » p.164

     

    Un passage…

    « Si ses mots étaient imprimés sur une page, il faudrait plusieurs polices de caractères pour leur rendre justice. Les mois de travail minutieux des moines du Moyen Âge pour créer une seule lettre enluminée, Dianah les condense en un instant, rien que par le son de sa voix.

                Nous continuons sur le même ton polémique. Moi qui lui dis que je ne peux pas lui parler, elle qui me dit, par les sons plus que par les mots, ce qu’elle pense de moi. Je tente de résister, mais je finis par me retrouver capté par l’excellence de sa performance. Sa voix est merveilleuse, aujourd’hui. Je pourrais être en train d’écouter Hildegard Behrens chantant Wagner, et non Dianah, ma femme, qui m’assassine au téléphone. » p.75

     


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