• Truman Capote de Lilian Kerjan

     

     

    Truman Capote – Liliane Kerjan

    2015 - Éditions Folio biographie

    En 3 mots…

    Truman, Truman, Truman

     Impressions de lecture…

               Quand j’ai lu la courte note sur Liliane Kerjan, en liminaire de cette biographie de Truman Capote qu’elle a écrite, j’ai immédiatement trouvé cette femme sympathique : agrégée, docteur ès Lettres, spécialiste de littérature américaine, auteur de livres sur Arthur Miller, Francis Scott Fitzgerald, ou bien encore Tennessee Williams. Mais pourtant, autant le dire tout de suite, le livre ne m’a pas convaincue. Certes, moi qui ne connaissais pas précisément les détails de la vie de Capote, dont j’apprécie énormément l’œuvre, j’ai appris des choses ; mais cet ouvrage n’a pas constitué un plaisir de lecture. J’ai décroché au tournant de quelques pages, je me suis ennuyée, j’ai hésité à poursuivre et j’ai terminé sans effusions d’enthousiasme. Rien de flamboyant dans ce texte qui parle pourtant d’un auteur qui l’était tant ! Cette biographie ne nous le rend ni sympathique – mais j’étais déjà acquise à sa cause, conquise d’avance - ni ne nous dévoile sa part d’ombre, son mauvais visage. Et l’on n’a pas du tout l’impression, au fil des pages, de se sentir plus proche du personnage. J’ai refermé le livre sans avoir sondé, ou si peu, sa personnalité, ses fêlures, les épisodes marquants de sa vie, ses amitiés, ses inimitiés…

                L’auteur suit plus ou moins la ligne chronologique, mais elle procède aussi par sorte de thèmes (à titre d’exemples tirés au hasard : « L’enfant prodige au New Yorker » p.65, « Quand le dandy New-Yorkais devient méditerranéen » p.111, « La maison de Sagaponack » p.177, « Affinités sudistes » p.218). La structure du livre est d’ailleurs étrange : il se divise en quatre grandes parties aux titres un peu curieux : « À l’état pur : l’innocence sulfureuse », « À l’état pur : les fêtes et les crimes », « Mélanges toxiques », « Ponctuation finale ». Grandes parties qui se subdivisent elles-mêmes en sous-parties, à l’intérieur desquelles on trouve encore une autre fragmentation, comme des chapitres, signalés à chaque fois par un titre en majuscules. Ce foisonnement de parties et de sous parties et leurs cortèges de titres et de sous-titres, donnent un effet désordonné, fouillis. J’imagine que cela avait pour but de structurer l’ouvrage et de guider plaisamment le lecteur dans le fleuve d’informations et d’anecdotes que représente une existence humaine. Ce qui peut être très judicieux en effet. Mais l’organisation n’est pas assez nette, pas assez pensée, cohérente et ludique. En raison du mélange ordre chronologique et thèmes, il y a parfois comme des chevauchements qui sont un peu dérangeants. Au détour d’une page, on revient en arrière, dans une période qui précède dans le temps l’épisode qu’on vient de lire. Ce qui fait que j’avais du mal à situer dans une frise chronologique les évènements que j’étais en train de découvrir. Je devais sans cesse me référer aux dates, vérifier et, au final, je n’ai qu’une perception confuse de l’enchaînement de certains faits.

                Une biographie qui manque de flamboyance comme je le disais, Liliane Kerjan ne fait pas montre ici du talent de raconteuse qui donnerait du piquant, du relief, mêlant humour, émotions, détails révélateurs et chutes spirituelles. C’est plat. Et le style est même plutôt mauvais. J’ai bondi à la lecture de certaines phrases : maladresses, lourdeurs, (« Mais Perry se montre soupçonneux vis-à-vis de capote les trois ou quatre premiers mois, et ne se livre, avec le temps, qu’avec parcimonie » p.158, « Enfant mis à l’écart, il cultive les écarts » p.215), ponctuation brouillonne ( « C’est que, depuis une douzaine d’années, Capote s’entraîne méthodiquement à la restitution de mémoire – visuelle, avec une page d’annuaire téléphonique, auditive, à partir d’une conversation : là, il joue à faire le magnétophone. » p.157) et formules kitch ( « Il sait capter l’attention et la lumière, prêt à se déguiser pour les émissions de variété, toujours prompt à séduire et éblouir, saltimbanque à ses heures, mais qui pourtant, sous le divertissement, fait sentir les transitions ténues entre ses enthousiasmes d’un soir et la profondeur de sa souffrance cachée » p.217).

               Sans surprises, les meilleurs passages sont ceux nés de la plume de Capote lui-même. C’est encore lui qui se raconte le mieux.

                Quand il révèle sa vocation précoce : « J’ai commencé à écrire à huit ans – comme ça, d’un coup, sans être inspiré par le moindre exemple. Je n’avais jamais connu personne qui écrivît. En vérité, je connaissais même bien peu de gens qui lisaient. […] Un jour je me suis donc mis à écrire, ignorant que je m’enchaînais pour la vie à un maître très noble mais sans merci. » (p.46-47). Quand il parle, si bien, de son métier (de son labeur) d’écrivain, qu’il explique la façon dont il a travaillé à forger sa plume, qu’il confesse son obsession du style : « Mes entreprises littéraires occupaient tout mon temps : apprentissage devant l’autel de la technique, du savoir-faire ; complications diaboliques de l’élaboration de paragraphes, de la ponctuation, de la mise en place des dialogues. Sans parler de la trame d’ensemble, de l’exigeant tracé introduction-nœud-conclusion. Il y avait tant à apprendre et de tant de sources : non seulement dans les livres, mais dans la musique, la peinture et la simple observation quotidienne. » (p.54), « J’écris la première version à la main (au crayon). Puis je fais une révision complète, à la main, elle aussi. Au fond, je me considère comme un styliste, et les stylistes, c’est notoire, peuvent devenir obsédés par la position d’une virgule, le poids d’un point-virgule. » (p.139). Quand il commente son chef-d’œuvre, qui ne dévalue en rien ses autres écrits, mais qui le fit rentrer dans la légende, qui le consacra comme auteur emblématique : « De sang-froid est une réussite parfaite en ce qui concerne le style. Parce qu’il est sans style. On ne voit pas le style. C’est comme un verre d’eau. Mon rêve. Rien entre l’écriture et le lecteur. » (p.164).

               Merveilleux dans l’art du portrait, Capote saisit un caractère en quelques traits et nous rend vivants ces visages que nous, pauvres lecteurs d’un autre monde, d’une autre époque, n’avons aperçus que sur photos et sur écrans. Il décrit ainsi l’écrivain Colette qu’il rencontra à Paris : « Rougeaude et le cheveu crêpelé, de type presque africain. Des yeux de chat des faubourgs, obliques et bordés de khôl ; un visage tout de finesse, mobile comme l’eau. Les joues fardées de rouge. Les lèvres d’une minceur et d’une ductilité de fil d’acier, mais rehaussées d’écarlate comme celles d’une vraie fille des rues. » (p.99), et met en boîte, en une seule phrase un couple célèbre d’intellectuels français : « Un œil noyé et l’autre à la dérive, ce louchon de Sartre, pipe au bec, teint terreux, et sa taupe de Beauvoir, sentant la jeune fille prolongée, étaient généralement calés dans un coin comme deux poupées de ventriloque abandonnées. » (p.104-105). Mention spéciale au portrait, absolument sublime et pertinent, qu’il fit de Marilyn Monroe, son amie, partiellement reproduit dans le présent ouvrage p.245-246 mais que l’on peut (et qu’il faut !!!) lire en entier dans plusieurs éditions, notamment dans un recueil de textes de Capote intitulé Les Chiens aboient, Gallimard, p. 191. Émouvant quand il évoque avec tendresse un de ses personnages, comme l’héroïne de Petit déjeuner chez Tiffany : « La principale raison pour laquelle j’ai écrit l’histoire de Holly Golightly […] outre le fait que je l’aimais tant, c’est qu’elle symbolise tellement bien ces filles qui débarquent à New York pour voleter au soleil comme des éphémères avant de disparaître. Je voulais en sauver une de l’anonymat pour lui offrir la postérité » (p.136).

                Enfin je dois m’arrêter là car je me mets à faire ce que je pourrais reprocher à l’auteur de cette biographie : citer Truman Capote à tout bout de champs sans rien y ajouter de très intéressant. Bien sûr ce n’est pas tout à fait vrai et tout n’est pas à jeter dans cet ouvrage qui, je le redis, m’a appris quelques trucs. Si j’ai la dent (trop ?) dure, c’est sans doute parce que, fan de Capote, j’en attendais beaucoup… une virée dépaysante dans l’univers de cet être singulier. Mais, malheureusement, il ne suffit pas de lire l’histoire de sa vie pour avoir le sentiment de rencontrer quelqu’un, pour avoir l’impression de passer quelques heures à ses côtés… Heureusement, pour s’en consoler et pour l’imaginer restent ses livres…

     Une phrase…

    « Ambition ancienne, persistante, car il est le bouffon au regard acéré des puissants, éternel amuseur des salons, mais il se perçoit aussi comme un éveilleur de conscience et veut tenter un roman-document sur les nantis, à la manière de Marcel Proust, qui lui-même s'inscrivait dans la ligne de Saint-Simon. » p.234 

    Un passage…

    « Lorsqu’il a quitté New York, Nina avait cessé de boire, se soutenant à coup de cafés. Pourtant, elle tremblait, elle était aux abois, quasi ruinée, sans compter qu’il lui apparaissait clairement que Joe Capote allait être condamné par la justice fédérale pour malversations et qu’il serait jeté en prison à Sing Sing, l’absolu déshonneur. Aussi a-t-elle voulu échapper à cette honte insupportable. Pour autant, elle n’a pas demandé secours à son fils. À l’annonce de sa mort, abasourdi, silencieux, Truman prend l’avion seul, il se sent une nouvelle fois abandonné par sa mère. » p.124-125

     


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